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Fred

 

 

 Le phénomène de l’itinérance

Un processus, pas un profil

Au cours des dernières décennies, plusieurs définitions ont été proposées par différents comités et organisations. Parmi les caractéristiques communes à ces définitions ressortent l’exclusion, l’instabilité et le cumul de problèmes. La réalité de l’itinérance relève d’un processus d’exclusion et de marginalisation. Le terme « itinérance » recouvre une réalité complexe, résultant d’un ensemble de problématiques et devant se résoudre par une combinaison de solutions.

Est une personne itinérante une personne qui :
N'a pas d'adresse fixe ni l'assurance d'un logement stable, sécuritaire et salubre pour les jours à venir (et/ou);
A un revenu très faible (et/ou);
A une accessibilité trop souvent discriminatoire à son égard de la part des services publics (et/ou);
Peut vivre des problèmes occasionnant une désorganisation sociale, comme de santé mentale, d'alcoolisme, de toxicomanie ou de jeux compulsifs (et/ou);
(Version actualisée (Fournier, Santé Québec, 1998) de la définition issue d'un rapport produit dans le cadre de l'Année internationale du logement de sans-abri (Comité des sans-abri de la ville de Montréal, 1987).

« L’itinérance est un processus de désaffiliation qui se traduit chez la personne par une multiplication de ruptures, d’impasses et de difficultés propices à la dégradation des liens sociaux et dont l’aboutissement est la rue. Exclues et marginalisées, les personnes itinérantes se retrouvent dans une situation de grande instabilité et précarité. Parce qu’ils sont exposés à des conditions de survie, les hommes et les femmes qui vivent dans une telle situation se voient de plus en plus fragilisés dans leur intégrité et leur dignité.» 
(Définition du Plan d’action interministériel en itinérance 2010-13)

Trois types d’itinérance

L’itinérance caractérise une condition de vie plus ou moins temporaire. On distingue généralement trois types, selon la durée et la fréquence des périodes d’itinérance : situationnelle ou transitoire, épisodique ou cyclique, et chronique.

L’itinérance dite « situationnelle » fait référence à la situation des personnes qui, momentanément, sont sans logement. Ces personnes sont les moins visibles : après un épisode passé sans abri, elles parviennent à se reloger et à établir de nouveaux contacts sociaux. Ce type d’itinérance serait le plus répandu.

L’itinérance cyclique fait référence à la situation des personnes qui vont et viennent entre un logement et la rue. Elle se traduit par une répétition, plus ou moins régulière, des situations d’itinérance.

L’itinérance chronique est la plus visible. Les personnes dans cette situation n’ont pas connu de logement depuis une longue période.

Une combinaison de facteurs structurels et individuels

L’itinérance s’explique par une combinaison de plusieurs facteurs structurels et individuels qui s’inscrivent dans la trajectoire de vie d’une personne. Ces facteurs peuvent être à la fois des éléments déclencheurs ou des conséquences de l’itinérance. C’est la multiplication de ces facteurs qui contribue à la détérioration des liens sociaux, dont l’aboutissement ultime est l’itinérance.

Parmi les facteurs structurels, on retrouve la pauvreté, le chômage, les mutations de la famille et de l’économie et les migrations vers les centres urbains. Le marché de l’emploi est de plus en plus un facteur d’exclusion à cause de la précarisation et des difficultés d’accès. La pénurie de logements abordables a un impact majeur et direct sur l’augmentation de l’itinérance. De plus, différentes réformes ont conduit à un désengagement de l’État : dans le domaine de la santé et de services sociaux, dans le soutien au revenu (aide sociale, assurance-emploi), le logement social (arrêt des investissements fédéraux), etc. Enfin, parmi les facteurs structurels, soulignons des dimensions socioculturelles telles que la stigmatisation des personnes aux prises avec un problème de santé mentale ou de toxicomanie ainsi que de celles ayant un passé institutionnel.

À ces facteurs structurels se combinent des facteurs individuels : des histoires de vie marquées par des échecs, des situations de crise, de difficultésprofondes, de ruptures, des problèmes de santémentale, de dépendances (toxicomanie, jeucompulsif, alcoolisme, etc.), de violence familiale. Le faible niveau de scolarisation, l’isolement social, l’âge, la faible estime de soi ou des problèmes de santé physique peuvent également accentuer la vulnérabilité des personnes.

Des dénominateurs communs

Au-delà des différences d’âge et de genre et des parcours individuels, l’itinérance a plusieurs dénominateurs communs.

Vivre l’itinérance, c’est ne pas avoir de lieu à soi où dormir : nombreux sont ceux qui couchent dans un refuge ou une maison d’hébergement, et il est difficile de savoir combien sont ceux qui le font dansla rue, dans un parc, dans un édifice abandonné, dansune maison de chambres, sur le sofa de quelqu’un, surune chaise aux urgences, dans une voiture…

Vivre l’itinérance, c’est vivre sans un sou en poche dans une société où tout s’achète.La pauvreté économique est le lot de toutes lespersonnes itinérantes. Elles doivent compter sur les ressources communautaires d’aide et elles doivent développer des stratégies de survie telles que la quête, le squeegee ou le travail du sexe, qui est de plus en plus répandu.

Vivre l’itinérance, c’est être seul et en détresse: les intervenantEs font le constat que la détresse psychologique est répandue chez les personnes en situation d’itinérance et que plus cette détresse est grande, plus les problématiques s’aggravent, que ce soit la consommation d’alcool ou de drogue, le jeu compulsif, le recours à la violence ou encore les troubles de santé mentale.

Vivre l’itinérance, c’est voir ses droits bafoués. Le Président de la Commission des Droits de la Personne du Québec déclarait en 2004: « La pauvreté n’est pas un inconvénient regrettable. C’est un déni de droit. Elle doit nous faire honte et être abolie. ». On pourrait dire de même pour l’itinérance, qui constitue une violation de plusieurs droits économiques et sociaux fondamentaux: droit au logement, à un revenu décent, à la santé, à l’éducation, …

L’itinérance au Québec : un phénomène en hausse, complexe et aux visages multiples

On estime à un minimum de 150 000 le nombre de Canadiens qui connaissent l’itinérance au cours d’une année[1]Au Québec, les dernières recensions datent d’une dizaine d’années. En 1997, on comptait déjà environ 28 000 personnes sans abri à Montréal et 11 000 à Québec[2]. Ces chiffres sont sans aucun doute largement sous-estimés et bien en dessous de la situation actuelle, et ne prennent bien sûr pas en compte l’itinérance dite « cachée », car nombreuses sont les personnes itinérantes qui ne fréquentent pas les ressources.

Plusieurs constats sont partagés aujourd’hui par les membres du RSIQ, acteurs agissant sur le terrain au plus près des réalités de l’itinérance :

-        le nombre d’itinérants augmente, et ce, dans la plupart des régions, avec des ressources qui font part de débordements désormais été comme hiver ;

-        les profils se diversifient pour toucher femmes comme hommes, familles comme personnes seules, aînés comme jeunes, autochtones comme migrants ;

-        une complexification des situations rencontrées est également à relever, avec des personnes itinérantes cumulant plusieurs problématiques (extrême pauvreté, problèmes de santé mentale et/ou physique, dépendances, violence, isolement, perte d’autonomie…), ce qui rend l’intervention plus difficile et demanderait plus de soutien pour être en mesure d’apporter l’accompagnement adéquat aux personnes.

De nombreux organismes offrant de l’hébergement à travers le Québec font part régulièrement depuis ces dernières années de débordements et déplorent qu’ils doivent refuser des personnes.

À titre d’exemple, le Centre Le Havre de Trois-Rivières a dû se doter en septembre 2011 de tentes qui ont été installées dans sa cour arrière pour répondre aux besoins accrus[3]. A la même période, la Maison du Passant à Granby débordait également et avait déjà, sur les six derniers mois de l’année, refusé 445 personnes. 

De même, en 2011, la maison d’hébergement Transit de Sept-Îles affirmait connaître une hausse de 30% de son achalandage depuis deux ans. Cet organisme doit ainsi faire face à 1000 demandes par an alors qu’il ne peut héberger que 350 personnes.

A la Maison d’hébergement dépannage de Valleyfield, les taux d’occupation de ces dernières années dépasse les 100% quand sont ajoutés à la compilation annuelle les deux lits d’urgence aux 18 lits réguliers. Et entre août 2010 et septembre 2012, ce sont 1090 personnes qui ont été refusées par cette ressource, faute de place, soit en moyenne 42 personnes par mois.

Depuis 2008, en Outaouais, le nombre de refus a augmenté de 46%, passant de 204 à 378 personnes refusées annuellement, et le nombre de repas servis a passé le cap en 2011 des 152 000, soit une augmentation de 9% pour la ville de Gatineau qui compte environ 265 000 habitants[4].

Par ailleurs, la tenue de la Nuit des sans abri le 19 octobre 2012 dans 27 villes du Québec, est révélatrice du fait que la problématique de l’itinérance touche bien largement les différentes régions du Québec et pas seulement les grands centres urbains.

Pour l’année 2012, les données globales recueillies sur l’occupation des refuges à Montréal montrent bien que la tendance à l’accroissement se maintient. Ainsi, du 16 décembre 2010 au 13 septembre 2011, il a été dénombré 142 215 nuitées chez les hommes et 14 398 chez les femmes. Pendant la même période cette année, donc de décembre 2011 à septembre 2012, le bilan en est à 145 127 nuitées chez les hommes et à 15 382 nuitées pour les femmes soit une augmentation de 2,04 % chez les hommes et de 6,39 % chez les femmes[5]Les ressources d’hébergement pour femmes débordent ainsi régulièrement, ce qui occasionne de nombreux refus. Par ailleurs, la hausse de cette année suit 5 années d’augmentation de la fréquentation des ressources d’hébergement, hommes et femmes confondus, à Montréal.

L’accroissement vécu actuellement par le milieu de lutte à l’itinérance s’explique principalement par deux grands facteurs selon les organismes: des logements de moins en moins accessibles (disparition des maisons de chambres, insuffisance du nombre de logements sociaux), et une augmentation de la pauvreté et du chômage comme conséquences de la crise économique de 2008.

Les organismes communautaires de lutte à l’itinérance se retrouvent ainsi face au paradoxe suivant : le nombre de personnes itinérantes ayant besoin de leur intervention augmente, mais les financements ne sont pas à la hauteur pour leur permettre de répondre efficacement à l’ensemble des besoins et situations de détresse.



Estimation du gouvernement fédéral, 2005.

Santé Québec,Dénombrement de la clientèle itinérante dans les centres d’hébergement, les soupes populaires et les centres de jour des villes de Montréal et Québec 1996-7, sous la direction de Louise Fournier et al., novembre 1998.

Cyberpresse, “Le Havre déborde”, voir article de presse

Bulletin du Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais, paru en mai 2012.

Données de la Ville de Montréal, Direction de la diversité sociale, septembre 2012.