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Pourquoi devons nous défendre cette approche globale ?

Parce ce qu'elle est actuellement menacée du fait de la réorientation du programme fédéral en itinérance, la SPLI (Stratégie des Partenariats de Lutte contre l'Itinérance) vers le Logement d'abord.

La SPLI est un programme essentiel au milieu communautaire québécois, programme ayant permis depuis 15 ans la réalisation de dizaines de projets d'immobilisation (rénovation ou construction de refuges, centres de jours, logements sociaux avec soutien communautaire) favorisant un meilleur accueil et accompagnement des personnes ainsi que le financement d'interventions variées en travail de rue, insertion sociale et professionnelle, éducation, ou encore en sécurité alimentaire.

Les gouvernements fédéraux (et québécois, de par la signature d’une entente sur ce financement) ont décidé d'imposer des pourcentages élevés (65% dans les régions de Montréal et de Québec, 40% dans les villes moyennes) de Logement d'abord aux communautés, venant ainsi remettre en cause l'approche globale originelle de la SPLI. Le Logement d'abord est un modèle visant à placer les personnes itinérantes chroniques -donc les plus visibles- en logement, souvent privé, et à leur fournir un certain nombre de suivis.

Parce que le Logement d'abord ne peut répondre à tous les besoins et parce que des milliers de personnes seront laissées de côté si nous ne faisons rien.

L'imposition d'une forme d'intervention au détriment des autres aura des conséquences négatives majeures sur les personnes en situation et à risque d'itinérance au Québec de par les coupures de services que cela va engendrer.

Des services essentiels rendus aux personnes depuis de nombreuses années dans les différentes régions devront en effet être interrompus ou réaménagés car ne pouvant être financés dans l'enveloppe disponible considérablement réduite pour les autres formes d'intervention. La nouvelle SPLI a comme effet de privilégier certaines personnes itinérantes (en situation chronique ou épisodique) alors que des milliers d'autres ont besoin d'aide.

Parce que les coupures actuelles dans les organismes vont créer de l'itinérance.

A Québec, sur les 23 organismes communautaires dont les projets ont été recommandés pour du soutien financier de la SPLI, 16 d’entre eux perdront de ½ poste à 1 poste. Dans cette région, cela occasionnera notamment une baisse du financement des centres de jour de 19% à 6%, du financement des services de réinsertion socioprofessionnelle de 25% à 14%, et des pratiques de prévention de 30 % à 18%. De même, 12 organismes sur 23 subiront une diminution de l'offre de services en soutien communautaire en logement et en réinsertion socioprofessionnelle. 

À Montréal, 22 organismes verront 100% de leur financement coupé, et 30 le voient réduit de 30 à 75%. Ces postes sont liés à des services essentiels d'intervention auprès des personnes itinérantes et leurs coupures vont briser des liens de confiance noués au fil des années.

 A Granby, l’organisme Le Passant va devoir couper 11 lits d’hébergement d’urgence sur les 28 lits qu’il pouvait proposer jusqu’à présent. Concrètement, cela veut dire que l’organisme ne pourra plus répondre aux besoins sur son territoire et devra renvoyer des personnes en détresse vers les hôpitaux ou vers d’autres municipalités, ce qui les déstabilisera encore plus.

A Sept-Îles, la seule ressource offrant de l’hébergement sur la Côte Nord, le Centre Le Transit, va aussi subir une coupure importante, ce qui va occasionner la perte d’un poste d’intervention et grandement hypothéquer l’aide apportée aux personnes itinérantes dans la région.