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3 juillet 2014:L'itinérance sur la Rive-Nord de Montréal: un reportage de Radio-Canada

http://ici.radio-canada.ca/regions/Montreal/2014/07/03/009-itinerance-en-croissance-sur-la-rive-nord.shtml

 Avril 2014: Le rapport de recherche sur le travail de rue "Pratique prometteuse" en matière de lutte à l'itinérance, "pratique nécessaire" pour les jeunes fait sa sortie: Rapport de recherche sur le travail de rue

Les situations d’urgence sociale chez les jeunes dans le nord des Laurentides

(Extrait du rapport "Sortir de l'inexistence-une étude sur les jeunes en situation d'urgence sociale dans la partie rurale des Laurentides", mai 2006)

"Les jeunes que nous avons rencontrés et dont nous avons entendu parler ont déménagé fréquemment, avec ou sans leurs parents, sur le territoire des Laurentides. Leur histoire de vie les a souvent menés (suite à des ruptures, des problèmes financiers, des problèmes de santé…) à devoir trouver un lieu où loger à moindre coût. Dans le long processus de désinsertion que ces personnes ont vécu, elles sont, la plupart du temps, passées d’une situation de logement « normale », intégrée à la vie communautaire et à la vie familiale, à une situation instable, très précaire, marquée par un isolement plus grand ou par la marginalisation sociale. En abordant la question de l’itinérance en milieu rural, nous avons fait remarquer que le phénomène est ici moins visible, moins médiatisé que ce qui se passe dans les grands centres urbains.

Diverses stratégies sont donc utilisées pour éviter l’itinérance absolue (se retrouver à la rue et y vivre). Voici les principales :

Le recours dans l’urgence au logement chez des connaissances, des amis, de la parenté : une pratique que certains appellent le « sofa ou le couch surfing », d’autres, « crasher » ou « crécher » chez des amis. Les conditions de vie n’y sont pas très réjouissantes. On parle de dormir sur un sofa, comme l’expression anglaise le mentionne, mais le plus souvent c’est sur un plancher de salon ou de sous-sol, dans un sac de couchage, que se passe la réalité dans ce type d’habitation. Les lieux sont quelquefois assez sordides (chalet pas chauffé d’un proche parent, sous-sol du bloc-appartement d’un ami concierge, piquerie du « dealer » local, chambre du copain de brosse…). Les séjours sont relativement courts, de quelques jours à quelques mois. Si l’intimité fait défaut la plupart du temps, quelquefois la situation semble incroyable (par exemple, 20 à 30 jeunes qui partagent pendant l’hiver un appartement de 5 1/2 pièces).

Le recours aux ressources hôtelières de la région : il est question surtout des motels, mais parfois des petits hôtels que l’on retrouve dans certains villages ou certaines petites municipalités. Plusieurs séjours dans ces endroits se font dans l’urgence et sont temporaires. Devant le peu de ressources d’hébergement d’urgence sur le territoire, certaines municipalités et certains organismes ont conclu des ententes avec des motels de la région, pouvant y diriger (à la demande du curé, d’un policier, d’un intervenant…) des personnes seules, des couples ou des familles qui seraient à la rue autrement. Quelques personnes choisissent à plus long terme (un an et plus dans certains cas) ce type d’hébergement particulier, notamment dans de petits hôtels où il est possible de négocier le prix d’une chambre au mois. On y partage souvent à plusieurs les lits, sofas, fauteuils.

Le recours au camping saisonnier sous une tente : ce phénomène est essentiellement masculin. Plusieurs nous parlent de camping « sauvage », donc à l’extérieur des terrains publics ou privés aménagés à cette fin; d’autres parlent de camping dans des parcs. Le phénomène est assez répandu.Pratiquement la moitié des jeunes interrogés l’ont pratiqué à un moment ou à un autre, certains sur des périodes allant jusqu’à plusieurs mois.

Le recours à la voiture comme lieu temporaire d’habitation : sorte de prolongement du camping, l’utilisation de la voiture pour dormir tout en y entreposant ses effets personnels est très fréquente, dans l’attente d’un logement à venir ou dans l’urgence d’une éviction ou d’une rupture. Les séjours en voiture sont généralement de quelques jours, mais certains atteignent plusieurs mois. La situation devient aussi plus difficile en hiver.

Les colocations insatisfaisantes : nous parlons ici d’une situation différente de ce qui était mentionné à la section a. Plusieurs jeunes, hommes ou femmes, devant la difficulté à trouver un logement adéquat et à prix abordable, correspondant à leur capacité de payer, à leur mode de vie et de survie, se tournent vers la colocation comme solution. Ils décident, devant l’impossibilité de vivre seul adéquatement, de partager un espace de vie avec quelqu’un d’autre.

Le recours aux diverses ressources régionales offrant de l’hébergement

Dans quel état les intervenants trouvent les jeunes qui leur demandent de l’aide en situation d’urgence
Le mot « souffrance » est probablement celui qui ressort le plus souvent des témoignages des intervenants, associé aux jeunes qui se retrouvent dans l’urgence sociale. Une souffrance qui empêche même de vivre : toutes leurs difficultés sont vécues comme des conflits intérieurs (leurs difficultés à se loger, à se nourrir, à diminuer ou à cesser leur consommation, à accepter toute forme d’encadrement…). Cette souffrance va même jusqu’à les empêcher de savoir qu’ils existent, les empêcher de voir et d’accepter le respect de la part des intervenants. Ces jeunes ont une faible estime de soi, ils ont de la difficulté à entretenir des relations amoureuses satisfaisantes, ils n’ont plus de famille réelle, ne s’imaginent plus dignes de quelque amour que ce soit. Face à cette souffrance et à l’ampleur des émotions qu’elle suscite, les jeunes se sont « coupés » de celles-ci en se « gelant », au sens propre ou figuré.

Pour plusieurs jeunes, cette situation les mène à avoir des idées suicidaires, à des difficultés de santé mentale, à des comportements asociaux (délinquance, criminalité…), à des comportements sociaux marginaux (pouvoir et gangs, réseaux précaires…). Non seulement ces jeunes sont dans le « ici et maintenant », mais ils y sont coincés, incapables de développer une vision qui dépasse le « un jour à la fois ». Ces jeunes n’ont évidemment plus de système de valeurs structuré leur permettant de faire des choix, ils n’ont plus de modèles sociaux structurants. Ces jeunes semblent avoir épuisé leur capital « social » : plus de véritables amis, plus personne pour leur donner un mot ou une lettre de « référence », plus de crédit financier, souvent plus de papier d’identité… En fait, ils en arrivent à n’être « plus rien », en dedans comme en dehors".

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