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Un phénomène toujours en croissance : extraits du Plan communautaire en itinérance de Trois-Rivières, septembre 2011

"L’évolution la plus visible, et certainement la plus importante, est la croissance de l’utilisation des services de première ligne dédiés à la population vulnérabilisée par la désaffiliation sociale (Centre de jour et hébergement d’urgence).
Depuis son ouverture, en 2003, le Centre de jour de l’organisme Point de Rue connaît une croissance continue quant à sa fréquentation quotidienne. En 2011, le nombre d’individus différents utilisant le Centre de jour était de 67, en moyenne. Cela reflète, en partie, la pertinence et l’appréciation des services du Centre de jour par la population en situation de rupture sociale et marginalisée.

Si l’on tient compte des données relatives à l’hébergement d’urgence du Centre Le Havre, nous devons nous rendre à l’évidence : au‐delà de la pertinence ou de l’appréciation des services dédiés à la population en situation de rupture sociale, le phénomène est en croissance continue depuis plus de vingt ans. Loin de se stabiliser ou de ralentir, la croissance a fait un bond inattendu au début de la décennie, pour reprendre ensuite de façon continue à partir de 2005. Si la tendance se maintient, le Centre Le Havre accueillera plus de 1300 demandes d’hébergement d’urgence au cours de l’année 2011. Ce volume est considérable et bien au‐delà de la capacité d’accueil actuelle de la ressource.

L’utilisation croissante des services dédiés de première ligne (Centre de jour et hébergement d’urgence) est, à la fois, l’évolution la plus visible et importante du phénomène de l’itinérance au cours des dernières années et le défi, sinon le plus difficile, du moins le plus urgent à relever sur notre territoire. Une lecture plus attentive des données de l’hébergement d’urgence du Centre Le Havre nous révèle une augmentation réelle et importante de la population en situation de rupture sociale. Le graphique qui suit démontre bien la réalité et l’importance de cette croissance. Entre 1990 et 2011, le nombre de personnes différentes hébergées a augmenté de près de 300 %. En 2011, il y a quatre fois plus de personnes différentes qui ont été admises en hébergement qu’en 1990. Entre 2000 et 2005, le nombre d’individus différents hébergés a augmenté de 70 %. Ce qui correspond à la forte croissance de l’utilisation de l’hébergement observée durant cette période. Sans avoir une croissance relative aussi importante, la croissance observée depuis 2005 est presque aussi importante que celle des cinq années précédentes. Il suffit de comparer la croissance absolue entre 2000 et 2005 (198) avec celle observée depuis 2005 (145), pour comprendre l’importance de cette croissance.

Toutefois, la croissance du nombre d’individus qui glissent vers la rupture sociale depuis vingt ans, même si elle est bien réelle et importante, n’explique pas à elle seule la croissance de l’utilisation de l’hébergement d’urgence au cours de la même période.

D’une certaine façon, on peut dire que le phénomène de la croissance a une double dimension :
D’abord, le nombre d’individus différents entraînés vers la rupture sociale est quatre fois plus important en nombre absolu aujourd’hui, qu’il y a vingt ans. Ce qui est évidemment, beaucoup plus que la croissance de la population de Trois‐Rivières au cours de la même période.
Ensuite, durant la même période et parallèlement à la croissance de la population en situation de rupture, nous avons observé une hausse très importante du recours à l’hébergement d’urgence. Deux fois plus importante celle‐là, que l’augmentation du nombre d’individus.

Voilà donc deux aspects du phénomène : la hausse du nombre d’individus et la croissance encore plus forte du taux d’occupation. Il y a quatre fois plus de personnes différentes qui utilisent les services dédiés de première ligne, mais le volume d’utilisation est huit fois plus élevé, du moins pour l’hébergement d’urgence.

Comment expliquer cette croissance du phénomène de la rupture sociale à Trois‐Rivières depuis plus de vingt ans?
Question importante et difficile qui, pour être bien posée et traitée, nécessiterait une enquête qui déborderait largement les limites du plan communautaire. Toutefois, sans entrer dans les détails, un constat s’impose : une telle croissance sur une période aussi longue et si largement répandue ne peut s’expliquer uniquement par des facteurs conjoncturels et passagers. Le phénomène de l’itinérance que nous observons depuis la fin du siècle dernier n’est pas le résultat d’une crise. Sa croissance est liée à des facteurs structurels qui affectent en profondeur le développement des sociétés modernes contemporaines."

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