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L'itinérance à Montréal

"L'itinérance existe depuis longtemps à Montréal. Clochards et «chambreurs» font partie de longue date du paysage de la cité, et particulièrement du centre-ville. Mais l'ampleur du phénomène est une réalité plus récente qui s'explique par la décroissance économique qui a eu un impact important sur les personnes les plus fragiles de la société.

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On ne compte pas cette population comme on compte la population avec le recensement aux cinq ans. Si on le fait, en comptant qui se retrouve dans les refuges au 1er juin, date du recensement quinquennal, on arrive avec un portrait très partiel. C'est cette donnée, 1 000 sans abri à Montréal, que les médias ont reproduit récemment en parlant d'une étude sur la santé mentale et l'itinérance tirée du recensement de 2001.

Une autre étude, qui date aussi, avait dénombré 12 666 personnes différentes à Montréal qui avaient utilisé les ressources d'hébergement d'urgence en 1998. Un portrait qui exclut les personnes qui ne fréquentent pas les refuges. La façon la plus juste de dénombrer la population, et qui correspond à la définition ci-haut de l'itinérance, est d'inclure toutes les personnes qui se retrouvent dans cette situation au cours d'une année, ce qui n'est pas facile. Pour celles qui fréquentent les ressources, cela va, pour celles qui sont dans la rue, qui squattent, qui dorment dans les portiques et les entrées de commerces, qui sont sans-logis, on parle d'estimés.

Avec cette façon de faire, le gouvernement du Canada a estimé en 2005 à 150 000 le nombre de personnes sans-abri au pays, dont environ 30 000 à Montréal. Ce nombre de personnes qui se retrouvent en situation d'itinérance sur une année à Montréal est-il juste? Chose certaine, les indicateurs de l'accroissement du phénomène sont nombreux :

Plus de 37 000 contraventions ont été données à plus de 4 000 personnes itinérantes différentes à Montréal depuis 12 ans. La Mission Old Brewery, un des grands refuges a, à elle seule, vu 1 264 nouvelles personnes en 2006. Le nombre de prestataires d'aide sociale sans domicile fixe qui reçoivent leur chèque directement du bureau d'aide sociale est passé à Montréal de 196 à 1270 en quatre ans.

CDD-Patrick

Malgré la réalisation de plus de 700 logements sociaux directement destinés aux SDF, la fréquentation des refuges s'est maintenue, en légère hausse même et pour cause… Plus de 66 000 ménages locataires payaient déjà en 2001 plus de 80% de leur revenu pour se loger. Tous ces ménages ne se retrouvent pas à la rue, mais année après année, un grand nombre d'entre eux se retrouvent sans logis, expulsés de leur logement, incapables de le payer.

Le problème est majeur. L'ampleur de celui-ci demeure certes à mettre à jour en n'auscultant pas la réalité, ni en la grossissant. Le RAPSIM, la ville de Montréal et l'Agence de la santé ont convenu de travailler sur un plan d'action en itinérance pour accroître l'accès aux services, au logement, réduire la judiciarisation, etc. Le dénombrement de la population concernée fait partie de ce plan. Mais le plus important, c'est d'agir pour prévenir l'accroissement de l'itinérance et surtout offrir des réponses aux besoins des personnes qui se retrouvent dans la rue. Que leur nombre soit 25 000 ou 30 000, il est déjà trop gros".

Deux ans après l'adoption du Plan d'action montréalais en itinérance voyez le bilan de l'action de l'administration Coderre par le coordonateur du RAPSIM: 

https://www.facebook.com/CIBL1015/videos/10157544197490051/

Pierre Gaudreau, coordonnateur du RAPSIM (Réseau d’Aide aux Personnes Seules et Itinérantes de Montréal)

Pour plus d’informations, visitez le site Internet du RAPSIM : http://www.rapsim.org/

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Dixième anniversaire de l'Opération Droits Devant

Le 2 mai dernier à Montréal a été célébré le dixième anniversaire de l’Opération Droits Devant mise en place par le RAPSIM et la Table de concertation jeunesse/itinérance du centre-ville. Cet événement a rassemblé partenaires du milieu de la recherche, de la justice, de la défense des droits, intervenants de divers organismes et personnes itinérantes faisant l’expérience de la judiciarisation. L’objectif ? Dresser le bilan de ces 10 ans et échanger sur les pistes de travail pour l’avenir.

L’Opération Droits Devant a été créée en 2003 suite à l’alerte donnée par divers intervenants face à une recrudescence de tickets donnés aux itinérants, et la volonté de documenter le problème et de lutter collectivement contre ce qu’on a mis plusieurs années à appeler le « profilage social ». Le milieu de la recherche a rapidement apporté un appui considérable et de la crédibilité à l’Opération Droits Devant avec la première étude de Céline Bellot et Marie-Ève Sylvestre démontrant la réalité de la surjudiciarisation des personnes itinérantes et son coût pour la population en général. En 2005, une Commission tripartite composée de représentants de la Ville de Montréal, de la Commission des droits de la personne et du RAPSIM était mise en place et déposera un rapport important en 2006 ainsi que des pistes de travail.

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Face à la nécessité de compléter l’action collective par des interventions individuelles permettant de venir en aide juridiquement aux personnes itinérantes, la Clinique Droits Devant voit le jour en 2006. Enfin, autre événement marquant, la tenue de la Commission parlementaire sur l’itinérance en 2008, où la problématique de la judiciarisation sera de nouveau fortement adressée, par le RAPSIM mais aussi ses alliés comme le Barreau du Québec.

Quelles ont été les avancées depuis la fondation de l’Opération ?
Maître Gaétan Cousineau, Président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, participant à l’un des panels de cet anniversaire, a rappelé qu’en 2004, 1% de la population (les personnes itinérantes) recevaient 36% des constats d’infraction.

Force est de constater que la situation s’est tout de même améliorée avec une certaine baisse des tickets donnés, des mandats d’emprisonnement qui ne sont plus émis à Montréal depuis plusieurs années pour non-paiement de tickets et la mise en place de programmes spécifiques comme le PAPSI et le PAJIC à la Cour Municipale de Montréal.

Le Programme d’Accompagnement des Personnes en Situation d’Itinérance (PAPSI) a débuté en 2008. Il regroupe des percepteurs des amendes qui facilitent les sorties des dossiers aux organismes en itinérance afin que les personnes puissent connaître leur situation judiciaire à la Cour et prendre des ententes de travaux et de paiement. Le Programme d’Accompagnement Justice Itinérante à la Cour (PAJIC), initié en 2009, permet à une personne de voir partie ou tous ses constats d’infraction non encore jugés, retirés en contrepartie de démarches améliorant sa situation de vie ou de réinsertion sociale. Mme Beauchemin, juge à la Cour Municipale, a loué ce programme permettant de stabiliser et faire cheminer positivement les personnes, et s’est dite « à chaque fois impressionnée par leurs parcours ».


Cependant, il reste encore bien du travail à faire selon les participantEs à l’événement, car encore beaucoup trop de tickets se donnent et le droit de cité est loin d’être pleinement respecté. Si ce travail est à poursuivre à Montréal, il est aussi à mener ailleurs, dans les autres villes québécoises, où le profilage social existe aussi et où là, les itinérants ne payant pas leurs amendes sont encore envoyés en prison.

Forum 40e anniversaire-le RAPSIM présent et pertinent de 1974 à 2015

C'est avec un mot d'ouverture du maire Denis Coderre que s'ouvrait le 23 avril 2015 le Forum 40e anniversaire du RAPSIM. Au total, plus de 400 personnes ont participé aux activités marquant les 40 années d'activité du Réseau, qui regroupe maintenant 105 organismes à Montréal.

Un message fort en ressort : le RAPSIM a contribué à des gains importants depuis 1974, son action et son rôle demeurent plus que jamais nécessaires pour faire face aux enjeux. Ce constat de la pertinence du travail du RAPSIM est ressorti sous plusieurs angles lors des activités marquant son anniversaire. Petit retour sur un gros 40e.

La démarche de 40e

Prix du maire en démocratie
Cela n'était pas au programme des activités du 40e, mais la remise du Prix du maire en démocratie a bien ouvert le tout, le 10 décembre 2014. Ce prix, remis par le maire Coderre suite au choix du jury présidé par le docteur Julien, a reconnu le travail mené par le RAPSIM comme acteur rassembleur de concertation et pour faire reconnaître la citoyenneté des personnes en situation d'itinérance, notamment en regard de l'exercice de leur droit de vote.

Une pendaison courue
Le lendemain 11 décembre 2014, plus de 150 personnes ont participé à la pendaison de crémaillère du RAPSIM, qui inaugurait ses bureaux à l'Espace Fullum. C'est dans la magnifique chapelle de cet ancien couvent reconverti en logements sociaux et espaces communautaires, que s'est tenu cet événement de retrouvailles, d'échanges et de réjouissances.

Des visages et des stratégies qui changent
Cet hiver, une série d'ateliers ont permis aux membres du RAPSIM d'échanger sur les visages de l'itinérance en 2015, dont ceux nommés depuis longtemps, des hommes, des femmes et des jeunes, mais aussi ceux que l'on retrouve en nombre croissant, de personnes âgées, de communautés culturelles et d'Autochtones. Un autre moment d'ateliers a permis de regarder les acquis et des défis des stratégies déployées pour faire face à l'itinérance, le développement de projets de logements sociaux, la réduction des méfaits, la citoyenneté et la réinsertion.

PanelFin 40e

Un Forum pour faire face aux défis
Le Forum du 23 avril a permis un balayage de 40 ans d'histoire du RAPSIM avec un arrêt sur deux moments qui ont laissé traces, l'Année internationale du logement des sans-abri en 1987 et la Commission parlementaire sur l'itinérance en 2008. Ce Forum de clôture constituait surtout l'occasion d'échanger sur le travail du RAPSIM, comme regroupement, dans son action et sa prise en compte des réalités de l'itinérance.Cliquez ici pour consulter le programme de la journée

En après-midi, un panel animé par le journaliste Louis Lemieux a réuni le président de la CDPDJQ, Me Jacques Frémont, le maire d'arrondissement Réal Ménard et Pierre Gaudreau du RAPSIM. Ce panel a permis de traiter des enjeux particuliers de la lutte à l'itinérance eut égard à l'action du gouvernement du Québec, celui du Canada et de la Ville. En effet, sur le logement, la réinsertion sociale, l'espace public et la cohabitation, l'accès au revenu et aux services, il y a encore bien du travail à faire, et ce pour tous les paliers de gouvernement.
Retrouvez ici l'intégralité de l'article sur le 40e anniversaire du RAPSIM

 

Dénombrement - Un portrait imparfait qui pourrait s'avérer dangereux

Le RAPSIM demeure très critique à l'endroit des données issues du premier dénombrement des personnes en situation d'itinérance réalisées en mars 2015. Si l'exercice permet de contribuer à la documentation du phénomène, il est loin de représenter un portrait fidèle de la situation actuelle qui puisse maintenant permettre d'orienter les ressources venant en aide aux sans-abri.
L'équipe ayant mené le dénombrement en mars dernier en arrive au chiffre de 3016 personnes itinérantes le 24 mars 2015. Un tel exercice de décompte s'inscrit dans un contexte où il est difficile d'avoir un chiffre crédible, d'abord parce qu'il n'est réalisé qu'à un moment spécifique de l'année. Tant des hommes, des femmes que des jeunes se retrouvent à la rue à différents moments de l'année, que ce soit de manière temporaire, cyclique ou chronique.
 
Qu'il soit réalisé le 10 octobre, le 10 décembre ou encore le 24 mars comme ce fut le cas pour Je compte Montréal, il est faux de penser qu'on aura une vision d'ensemble du phénomène avec ce premier dénombrement. Trop nombreuses sont les réalités qui seront occultées, et ce, même si à Montréal, on a prétendu innover afin de faire ressortir l'itinérance cachée.
 
L'une des premières à avoir été mises sur la paille est l'itinérance des femmes, ces dernières usant généralement de multiples stratégies avant de se retrouver à la rue ou dans le réseau des maisons d'hébergement. En outre, sachant qu'une ressource d'hébergement comme l'Auberge Madeleine refuse en moyenne 10 femmes par soir, comment s'assurer que ces dernières soient comptabilisées, sachant qu'elles s'intègrent à la réalité de l'itinérance ? Par ailleurs, pour toutes ressources confondues, que fait-on de celles rencontrées par les bénévoles de Je compte Montréal qui ont accueilli moins de leur habituel taux d'occupation ce soir clément du 24 mars ?
 
À ces situations dans les ressources s'ajoutaient, cet hiver, des jeunes qui se retrouvaient à plusieurs dans des appartements aux conditions parfois douteuses et des personnes, parfois immigrantes, qui empruntaient le sofa d'un ami ou d'un membre de la famille (couchsurfing).
L'un des objectifs de l'exercice consiste à identifier les besoins en ressources pour les personnes itinérantes, ce qui peut s'avérer un exercice dangereux. En effet, on peut douter qu'un portrait aussi imparfait puisse permettre d'aligner les services et les priorités en matière d'intervention en itinérance. La Ville de Montréal s'est déjà dotée d'un Plan d'action de trois ans en septembre 2014 qui s'accompagne d'une vision globale du phénomène. On peut se demander ce que le dénombrement peut apporter de bien nouveau en dehors des actions nécessaires qu'on retrouve déjà dans ce Plan, notamment en logement social, accès aux services, sensibilisation du public, lutte pour la citoyenneté des personnes et contre le profilage social.

Nuit des Sans-abri 2014 à Montréal: visionnez ici une vidéo qui présente les grands gains de cette année ayant vu la sortie de la Politique nationale et du plan d'action montréalais. 

Découvrez ici l'action de Bâtir son quartier en matière de logement social destinée aux personnes à risque ou en situation d'itinérance!

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